un pays fourmidable

photos du Japon. Articles sur la vie à Nagoya et conseils de survie pour crevards étrangers en milieu nippon.

30 décembre 2007

1 an au Japon, déjà.

Que le temps passe vite au Japon. Je viens de me rendre compte que cela fait déjà un an que j'ai pris mes marques ici. Il serait peut-être temps de faire le bilan.

1. La bouffe.
Sur le plan de la quantité, j'ai bien mangé au Japon. Hier encore, je me gavais de sushis. 4 voyages en avion, le stress, un été chaud humide et très long, une heure de vélo par jour... des événements qui ont eu un impact sur mon poids. 10 kilos de moins depuis mon arrivée. J'ai retrouvé le poids que je faisais à l'armée il y a une dizaine d'années... Je mange beaucoup moins gras qu'avant, et la balance me remercie. Pour ce qui est de la qualité, là c'est plus nuancé. On trouve de tout, mais les bons produits sont laaaargement plus chers que les premiers prix. Ce qui pour moi relève de la nécessité (fruits, légumes, viande de boeuf) ne correspond pas à mes moyens actuels. Seules les bananes sont des fruits abordables. Ca me coûterait moins cher d'aller à Osaka en car que d'acheter une belle pastèque....
En fait, pour consommer les vitamines nécessaires à une bonne alimentation, je dois acheter des bouteilles de jus de fruits et légumes. Curieusement, c'est moins cher qu'un fruit frais. Pour ce qui est de la viande, c'est la déception. La viande de premier prix est du porc de trop basse qualité pour moi. Quant au boeuf, ils l'aiment trop gras ici.
J'ai finalement compris pourquoi les baguettes japonaises étaient molles. Je pensais qu'ils n'avaient pas saisi toute les subtilités de la recette, mais c'est plus simple. C'est voulu. En y réfléchissant bien, les Japonais bouffe mou : du riz, des nouilles, des manjus, des nikumans, des gyozas, des mochis... J'ai jamais vu un indigène croquer une pomme à pleines dents. Il va la peler et la couper en petits morceaux... Donc, le pain est voulu mou.
Pour le fromage, c'est aussi la déception. Le parmesan est une imitation. Il s'agit juste de fromage américain rapé. Il y a des fromages fondus de mauvaise qualité. Il n'y a rien qui méritait un label AOC ou même l'appellation de fromage.
L'avantage de l'alimentation au Japon, c'est que pour quasiment rien, je peux me gaver de gyozas et d'oden.

2. Les transports.
J'ai redécouvert le vélo et la jungle de la conduite en ville. Pour tous les trajets de moins de 45mn, c'est vélo, une grande économie pour mon budget. C'est quand même assez dangereux en ville.  C'est l'anarchie la plus totale, on risque l'accident à tous les coins de rue. Les gens tiennent leur portable ou leur parapluie et préfère jouer de la sonnette plutôt que du frein... J'ai aussi appris à mes dépends que les gens s'acharnent parfois sur les vélos pour des raisons que j'ignore. Il n'est pas rare de trouver son vélo rayé alors qu'il ne l'était pas le jour d'avant. Les gens poussent les vélos ou les balancent. Je n'ai toujours pas digéré qu'on mette mon vélo sous la pluie pendant tout un weekend...

3. La langue.
Il n'y a pas de doute, avec l'âge, on est moins à l'aise pour progresser. Il y a 15 ans, je pouvais faire 20 kanjis par semaine. J'en fais 3 par mois et encore... Heureusement, j'arrive au bout. Il doit m'en rester 300 inconnus dans la liste des gakushuu-kanjis. D'où l'importance de bien apprendre la langue, avant même d'aterrir au Japon. Une fois sur place, il y a tant de chose à faire qu'on a plus trop le temps de faire du kanji... Globalement, j'étais quand même bien content d'être déjà autonome dès mon arrivée. Je me voyais mal à mon âge ne pas pouvoir lire une facture ou un manuel...

4. Le boulot.
Bon, là c'est pas tiptop. Il y a pas grand chose à gagner dans la situation que j'ai trouvée. J'ai l'impression de faire du bénévolat, ou bien j'ai du signer un forme de servage. Je suis pressé de sortir de cette situation...
Je pense que l'enseignement français n'est pas un bon plan. Ca paie pas.
Si j'ai bien compris les locaux, c'est une langue de loosers, de gens qui ne savent pas compter, qui font la grêve tout le temps, de gens qui ne prennent pas de bains et dorment nus.... une super image...

5. Intégration.
Il est très facile de faire des connaissances au Japon. Par contre, s'y faire de vrais amis c'est une autre paire de manche.
Les gens que je rencontre n'ont pas de conversation. Ils ne peuvent parler de rien, donc je ne peux pas aller plus loin. L'autre solution serait de faire comme eux, sortir, boire jusqu'à en vomir et chanter du KAT-TUN ou du NewS.... J'y arriverai un jour, dès que j'aurai réussi à éteindre mon cerveau...
Pourtant, sur le plan culturel, j'ai déjà fait preuve d'une grande capacité d'intégration. Je suis l'actualité, je connais la plupart des personnages du petit écran, parfois leur potins, j'ai pris attitudes japonaises, au goûter je me fais des griller des mochis que je trempe dans du oshiruko.  Je bois trop de thé vert. Je grignote divers mochi, senbei, et surtout les karintô au sucre noir.
Je peux aussi participer au karaoké. Je n'ai pas beaucoup de voix mais je connais pas mal d'air populaires. Les vieux sont ravis, et les jeunes éberlués... Un vieux m'a même proposé de former un duo au karaoké pour reprendre le répertoire de Kobukuro...
J'ai fini par m'habituer au tatami après plus de 8 mois à souffrir des genoux... Finalement, être un japonisé peut être un atout certain quand on veut s'intégrer au Japon. C'est limite si on me demande pas de freiner un peu mon intégration... Le Japonais de base aime à croire qu'il est le seul à apprécier et à comprendre sa culture... Il faut parfois jouer le jeu et faire le gaijin pour ne pas trop choquer..

Bon, allez, on remet ça encore un an...





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09 septembre 2007

Racisme au Japon & discrimination positive.

D'après ce que j'ai lu récemment sur un forum, un type dit n'avoir connu aucune forme de racisme au Japon (jusqu'ici, je peux comprendre) mais doute qu'il y ait vraiment des problèmes de racisme au Japon.
C'est sûr que si le gars ne sort jamais de son quartier friqué, des grands magasins, et ne fréquente que ses amis il ne risque pas de voir grand chose. C'est impressionnant cette capacité de faire des généralités sur le statut des étrangers au Japon.
Croire que tous les étrangers auront le même accueil qu'un occidental, avec un visa touristique ou working holiday visa, et ayant un compte bancaire rempli en conséquence, relève d'une pathologie mentale.
Un Brésilien venu bosser en usine et un Américain d'un milieu aisé n'auront pas le même accueil, c'est certain.

Le racisme existe partout, et ça concerne tous les pays, pas particulièrement le Japon, mais pour ne pas voir de racisme au Japon, faut vraiment être naïf ou très très riche, blond avec un physique de Brad Pitt....

Ici, à Nagoya, j'ai un accueil très différent dans mon quartier et dans le centre-ville.
Quand je suis dans les beaux quartiers, je suis amené à rencontrer des gens cultivés ou qui essaient de l'être. Toujours bien habillés, polis, bienveillants, avec lesquels on peut parler. Je n'ai pas de problème avec ces gens. Je dirais même qu'il y a un racisme positif : On me colle une étiquette, celle qui convient à ma nationalité, et déjà, je leur semble plus sympathique dès les présentations. "Ah, vous êtes français ?" J'ai droit à un premier sourire avant d'entamer d'inévitables sujets portant sur la gastronomie et la littérature.... J'ai gagné 3 points de sympathie juste en étant d'un pays ayant une bonne image, un pays "agricole", où les gens sont tous un peu rustres, pas très avancés technologiquement, parfois un peu sales mais finalement gentils...

Une fois rentré dans mon quartier, c'est la douche froide, le retour à la réalité. Dans la rue, les filles s'accrochent à leur sac rien qu'en me voyant en vélo. Le jour où j'avais osé sortir en T-shirt au lieu de la chemise-cravate, j'ai vu une fille carrément prise de panique et mettant son sac contre son ventre, les deux mains dessus. Les mamies s'écartent de mon passage comme d'habitude. Dans les rayons des magasins, les gens rebroussent chemin quand ils s'aperçoivent qu'ils vont se retrouver seuls dans le même rayon que moi. Le pire, c'est surtout autour du cyclodrome. C'est le domaine de gens un peu bizarres : pour la plupart ce sont des vieux, mais il y a un profil dominant : milieu ouvrier, T-shirt blanc ou Marcel, peau sombre, peu éduqué. En général, ils pestent carrément en me voyant : "Haa ! C'est même pas un Japonais !! Qu'est-ce qu'il vient foutre ici". Ils grognent même après que je suis passé derrière eux... Le meilleur c'est quand même celui qui gueule "rentre chez toi !"
Ici, je suis l'ennemi numéro 1. Quand je cadenasse mon vélo, on dirait que je suis en train de le voler. Quand je passe devant une école de jeunes filles, les passants voit passer Dutrou. Ils sont tendus. Heureusement que les regards ne tuent pas parce que j'aurais consommé un grand nombre de vies jusqu'ici.
Je vis dans un quartier populaire où pas mal de gens sans grande connaissance du monde, ont bossé dur toute leur vie.
Ils voient apparaître de plus en plus d'étrangers dans leur quartier, et je peux comprendre qu'avec le peu d'éducation qu'ils ont, ils me perçoivent comme une menace... On va prendre leur pain leur riz, et leur boulot. En Europe aussi, on a eu cette attitude défensive quand les Portuguais, Polonais et Italiens sont arrivés...
Maintenant, au vu du comportement de certains étrangers au Japon, peut-être que cette attitude est justifiée. L'avenir le dira...
Pendant ce temps là, je vais continuer à jouer malgré moi le rôle du criminel potentiel....

Posté par Stingray à 18:53 - relations humaines. - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 juillet 2007

Mimétisme au Japon.

J'avais souvent constaté les regards insistants des Japonais lorsqu'un étranger entrait dans le wagon du train ou du métro. La plupart finissait immanquablement par fixer l'étranger, moi ou un autre, détournant le regard lorsqu'on se retourne vers eux...(certains vicieux poussent le vice un peu plus loin en plissant un peu plus leurs yeux bridés pour qu'on ne surprenne pas leur regard)

Pendant longtemps je m'étais demandé pourquoi tant d'insistance dans ce regard. D'un côté, je savais que certains Japonais n'étaient pas habitués à voir des étrangers. Cependant, cet argument n'était pas valable pour les villes comme Kyoto. Cela n'empêchait pas les gaijins de se faire dévisager. A force, je commençais à ma demander s'il n'y avait pas une forme de racisme... Je me trompais.

Il y a 3 ans, je suis allé à Aoki Men Plaza, la boutique de vêtements pour gentlemen japonais. J'ai pris une panoplie de salaryman.
J'ai ensuite fait le test de sortir en ville habillé comme un Japonais, et là, c'est le jour et la nuit.
On est presque ignoré. Il y a toujours quelques regards dans le métro mais bien moins insistants.  Ca ne dure pas. Quel intéret de mater quelqu'un habillé ordinairement. En fait, ce qui attirait l'oeil c'était l'aspect "voyageur" : le gros appareil photo qui pend, le sac à dos, le bermuda, les lunettes de soleil et le reste de la panoplie...
Si on est en chemise blanche avec l'attaché-case noir en bandouillère , le portable avec le gadget qui pendouille, qu'on lit un mail, on intéresse plus personne. Ils ne se rendent compte qu'il y a un gaijin, qu'une fois à proximité et le côté "exotique" est absent, d'où le peu d'intéret de mater....
Maintenant, c'est moi qui regarde les gaijins en mode "voyageur" lorsqu'ils rentrent dans le train....

Posté par Stingray à 20:40 - relations humaines. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juillet 2007

Racisme au Japon ?

Sur les forums japonisants, lorsqu'un sujet aborde le racisme au Japon, il finit toujours en lutte entre ceux qui sont persuadés que le racisme n'existe pas au Japon et ceux qui pensent que les Japonais sont foncièrement racistes. Soit, c'est tout blanc, soit c'est tout noir.
Personnellement, ceux qui affirment qu'il n'y a pas de racisme envers les étrangers au Japon m'inquiètent parce que leur propre expérience va induire en erreur ceux qui suivent leurs conseils.

Alors oui, effectivement, il y a toujours moyen de ne pas voir de racisme au Japon.
1/ Vous êtes blonde, pulpeuse, 110 de poitrine, et vous êtes référencée dans la catalogue des mannequins de votre pays.
2/ Vous vivez uniquement en famille d'accueil ou dans un camp à l'écart de la ville, avec des gens habitués à vous.
3/ Vous êtes cadre dirigeant. On s'incline devant votre poste prestigieux, qui vient devancer votre nationalité.
4/ Vous êtes le gendre de quelqu'un d'important.
Dans ces cas, la vie est belle.

Maintenant, si vous n'êtes pas blanc, blond, américain et riche, il y a de fortes chances pour que vous expérimentiez des formes de racisme. C'est encore plus facile si vous êtes non occidental.

Je ne vais référencer que du vécu :

-les piétons créent de la distance lorsqu'ils attendent au feu et s'aperçoivent qu'ils sont à côté d'un gaijin.
-les gens changent leur sac de position quand ils voient le gaijin venir dans l'autre direction.
-les gens ralentissent ou font une pause devant une vitrine quand ils réalisent qu'un gaijin marche derrière un certain temps.
Ces trois exemples, je les constate à peu près un jour sur deux.

J'ai souvenir d'anecdotes assez marrantes :
-Une mamie s'apprête à sortir d'un taxi, mais remonte dedans un instant lorsqu'elle aperçoit le gaijin passer rapidement en vélo devant le taxi, puis elle ressort, rassurée une fois l'affreux passé.
-2 mamies regardent dans leur sac quand elles s'aperçoivent que je les ai doublées pour finalement repartir en arrière (j'avais oublié un truc)
- un vieux traverse la route pour prendre un paquet de clopes au distributeur. il m'aperçoit et retourne comme une flèche à sa bagnole qu'il n'avait pas fermé à clef. (j'étais en vélo et en chemise cravate)
- un flic nous signale qu'il vient d'y avoir un vol à la tire en vélo dans notre rue, quand tout à coup il voit que dans le groupe il y a un gaijin. Son regard est passé d'un instant du mode information au mode inspection.

Maintenant, quand j'entends les gens dire que les Japonais sont particulièrement racistes. Je dis non. Ils sont exactement comme étaient les Européens il y a deux ou trois générations. Lorsque les Polonais et Italiens sont arrivés en France, ils ont reçus pas mal de caillasse dans la tronche.L'accueil était largement plus froid. Les arabes poussés dans la seine, c'était il me semble en 1961. Dans les années 80, les étrangers étaient encore dévisagés en Italie. Les Japonais sont exactement dans la même situation qu'était l'Europe au début des immigrations massives. Ils ne sont pas habitués à la présence étrangère et les faits divers incriminants des étrangers ne leur donnent pas nécessairement envie de faire confiance à ces étrangers. On peut les comprendre. Ici, on a pas mal de dérapages avec les communautés chinoise, coréenne et brésilienne.

Pas mal d'étrangers se croient chez eux. Beaucoup de chinois font à leur sauce : ils viennent sans visa, restent, créent des commerces sans diplôme ou certification. Ils ne respectent pas les normes de sécurité ou d'hygiène.
Les Brésiliens du coin ne sont pas ceux des beaux quartiers. Ils ont une éducation plutôt sommaire et on constate souvent de l'incivilité de leur part. Il ne faut pas leur demander d'être des citoyens modèles.
Quant aux occidentaux, bien que peu nombreux, je me demande s'ils ne sont pas les pires. Certains ont bien compris qu'ils n'étaient plus en occident et qu'il fallait s'intégrer, mais d'autres partent du principe que les valeurs de l'occident passent avant tout. Ils dénigrent ce qu'ils ne comprennent pas, refusent de remettre en cause leur critères et ne font pas suffisamment d'efforts pour maîtriser la langue. Finalement, tous ces gens causent beaucoup de tort à l'image qu'ont les Japonais des étrangers....

En général, ceux qui disent que les Japonais sont foncièrement racistes sans être venus ici partent du principe que le Japon devrait avoir les mêmes institutions que les pays occidentaux, c'est à dire organisé pour gérer une immigration importante....
Il y a donc une méprise sur ce qu'est le Japon. Sous quel prétexte le Japon devrait-il ressembler aux pays occidentaux ??
A moins que la baisse de population fasse plier le gouvernement, le Japon reste le pays des Japonais. Essayez donc d'émigrer dans un quelconque pays qui n'a pas de politique d'immigration ou d'intégration, il y a de fortes chances que votre vie soit plus difficile qu'au Japon....
Quitte à choisir entre être immigré en Iran, au Maroc, au Pakistan, en Malaisie ou au Japon, je préfère largement le Japon.
Il y a des pays où quand la situation chauffe un peu, on s'en prend violemment aux étrangers pour se défouler.... ici, j'ai juste droit à des gros yeux si je prends le dernier produit en solde à la place d'un Japonais....


Posté par Stingray à 23:35 - relations humaines. - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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