L’été dernier, reclus au fin fond de la campagne française dans un village mouroir, j’écrivais un peu par hasard un article très sommaire sur les supérettes japonaises. J’étais loin d’imaginer que j’allais passer de l’autre côté de la caisse. D’autant plus que ce n’est pas du tout le genre d’emploi adapté à mes capacités. Les métiers de relation avec le public me stressent et me vident de mes forces. Je suis psychologiquement KO au bout de 3 heures d’interaction sociale, alors des visages inconnus qui changent toutes les 30 secondes, ce n’est clairement pas un métier fait pour moi.

Ces derniers temps, déjà en contrat  dans un entrepôt à proximité de mon nouveau domicile, il n’était pas dans mes projets de chercher un job d’appoint, mais deux événements sont venus changer la donne :

Le changement de contrat. D’abord en contrat précaire de saisonnier, j’ai intégré la boite en tant qu’employé à temps partiel. Le contrat est renouvelé de manière tacite, ce qui est un gage de stabilité, je n’ai plus à devoir négocier (mendier) une reconduction. Cependant, je perds 10 heures par semaine, ce qui est énorme.

Le timing m’était favorable dans un premier temps puisqu’avec le Golden Week, mon planning était constamment modifié. Je ne comptais plus les heures supplémentaires, et j’arrivais à la fin du mois avec plus ou moins la même paie qu’à temps plein. Seulement, entre le Golden Week et Obon, il y a un petit creux où le consommateur japonais réfrène sa consommation et mon planning dépend des prévisions de ventes. Avec la réduction de mes heures, je finis le mois à sec.

Il me faut donc des revenus, là, tout de suite, maintenant, sans attendre la fin du mois… Je commence par récupérer les magazines de recrutement. Les emplois ne manquent pas, mais dans une ville côtière, sans voiture, c’est une autre histoire. Il y a bien un centre commercial proche, mais ils ne proposent que des postes de vendeurs, et je suis au degré zéro de la force de vente…

C’est avec réticence que je fais le tour des combinis du coin. Chaque supérette affiche les salaires horaires en fonction des différentes heures de la journée. En fait, ils recrutent tous. Les salaires font parfois peur tant ils sont en décalage avec le coût de la vie au Japon. En journée, certains combinis ne lâchent pas plus de 800y de l’heure. De nuit, ils proposent 1000y, soit à peine 200y de plus…  Ce n’est pas la joie.

Miracle. Un combini cherche des collaborateurs payés 1200y de l’heure la nuit. C’est rare de tomber sur un tel taux. C’est probablement dû à la difficulté d’embaucher sur ce secteur et sur cette plage horaire. Je prends contact par téléphone et me présente en magasin. On me donne le jour de présence du patron et on me demande de venir tel jour avec mon CV.

IMG_20160901_043213Quelques jours plus tard, je viens en vélo avec un CV. Je demande le patron, un jeune trentenaire en chemise blanche, au visage impassible. Il m’invite à le suivre dans la salle du staff, une pièce ridiculement petite, servant à la fois de coffre-fort, de cabine d’essayage (des uniformes) et de local de surveillance vidéo. Dans le peu d’espace restant, il déplie une table et des chaises.

S’ensuit une lecture de mon CV et des compétences acquises pouvant être mises à profit dans un combini. Il me fait remarquer que je n’ai aucune expérience de caisse, ce que je ne conteste pas. J’avoue que sur ce point, je suis au degré zéro. Il voit néanmoins que j’ai déjà travaillé en rayon (merci Carrefour) : DLC, blindage et facing ne me sont pas inconnus. Ici, c’est plus simple, il n’y a pas de palette à gérer. Tout arrive en cartons et cagettes légères.

Il voit que je suis déjà en contrat. Je lui explique que j’ai pu obtenir des congés fixes tel et tel jour. Je le vois déjà en train de générer un planning temporaire pour m’intégrer dans le staff. Il va vite en besogne mais il m’explique aussi que je ne suis pas le seul candidat. Il me propose une reprise de contact dans quelques jours pour qu’il me confirme sa décision et que de mon côté, je valide le feu vert de la société avec laquelle je bosse déjà.

C’est à partir de là que cela commence à cafouiller. Je prends contact avec mes encadrants. Le premier semble surpris que j’aille voir ailleurs. Je vois son supérieur. Je lui explique que je ne peux pas voir ma paie baisser et rester sans rien faire. Je lui dis qu’il me faudrait plus d’heures de travail. Il me répond qu’actuellement, il n’est pas possible de me faire passer à temps complet car les ventes sont mauvaises. Il comprend ma réaction et accepte que je travaille ailleurs pendant mes jours de congés, qui ne bougeront plus. Ils me laissent le mercredi et le jeudi. Le vendredi sera un jour travaillé ou non, en fonction des besoins de la boite…. (en pratique, en cumulant les deux emplois, cela me fait un jour de congé toutes les deux semaines, qui tombe toujours un vendredi)

J’envoie un SMS au boss du combini pour valider tout ça. Au bout de quelques temps, le SMS m’est retourné avec erreur. J’en renvoie un illico, avec le même résultat. J’attends l’après-midi et débarque au combini. Il n’est pas là. Du coup, je me dis qu’ils ont finalement pris quelqu’un d’autre, qui parle sûrement mieux japonais que moi et qui a une expérience dans le domaine. A moitié dépité, mais aussi à moitié soulagé, je décide de passer au plan B.

Quelques jours plus tard, je passe le weekend à Nagoya avec un paquet de CV. Je déboule dans 5 écoles et passe des entretiens afin de reprendre l’enseignement. Apparemment, tout se passe bien et il est possible que je commence sous peu. Mais en fin de journée, je reçois avec surprise un coup de fil du boss du combini. En fait, il n’a trouvé personne d’autre. Il aurait besoin que je commence au plus vite. On se met d’accord sur une date, et c’est parti….

Je me retrouve ainsi avec deux boulots de nuit, et des promesses de cours de jour…. Il va falloir apprendre à dormir comme un chat, à tout moment de la journée et dans le train ou n’importe où…

IMG_20160901_043201

Arrivée au combini. C’est une journée d’intégration. On me présente M.

M est un vieil homme du coin usé par la vie. Sa couleur de peau laisse imaginer des travaux pénibles en extérieur et il semble avoir des affections de peau, ce qui fait qu’il a une autorisation spéciale pour être en manches longues. Le pauvre homme n’a plus beaucoup de dents et ses oreilles semblent défaillantes. Sa voie porte peu et sa prononciation du japonais laisse à désirer. Il n’aime pas trop le travail en caisse ; il préfère vaquer aux routines nocturnes : nettoyage, remplissage, vérification des dlc, mise en place des magazines… Pour ces tâches, il a de l’initiative. Pour le reste, il semble souvent à la masse. Il a besoin de nombreuses pauses, pour aller fumer ou grignoter. Il oublie souvent qu’il a déjà pris son quota de pause…

Prise de poste : on reçoit une chemise à manches courtes, une casquette et un manuel de poche.

De 3 heures à 6 heures, on gère le stock, la propreté, les produits à jeter… C’est plutôt tranquille. Les bentos ont des date limite de consommation assez courtes, et on jette pour 10000y de produits par jour alors que cela pourrait tenir davantage. Cela contredit mon article précédent concernant le fait que ces produits étaient vendus moins cher à l’approche de leur date d’expiration. Je me souviens pourtant que le sujet était abordé à la télé et que les combinis s’engageaient à moins jeter… Ce combini ne joue pas le jeu et jette sans pitié.

A partir de 6 heures, un autre employé vient renforcer l’équipe. c’est nécessaire pour répondre à l’augmentation logique du nombre de clients. D’autres activités se mettent en place : on sort les nikumans, brioches chinoises fourrées à la viande pour les mettre dans une machine qui les tient au chaud. Il suffit de les sortir du frigo, mais il faut alimenter la machine en eau à l’avance. Pour chaque produit en vitrine, un ticket est imprimé pour signaler depuis quand le produit est en vitrine et quand il faut le jeter. Ensuite, il faut qu’un employé quitte la caisse pour aller en cuisine et préparer diverses fritures qui seront aussi alignées en vitrine : frites, poulets frits, saucisses…

Mon nouveau collaborateur s’appelle T. Il a 16 ans, lycéen, il est cool, se fout de tout. Il travaille pour se payer des jeux PS3 et à terme s’acheter une PS4. Il essaie de ne jamais trop en faire, il aime bien bavarder lorsque les clients se font rare. Même s’il n’est pas très motivé, ce n’est pas un paresseux. Il fait ce qu’il y a à faire et n’essaie pas de se défiler quand il faut s’occuper des poubelles ou autre….

Autre collaboratrice : N.  N a une caractéristique ; Elle est trisomique. Je n’en connaissais pas, ni au Japon, ni en France. N a toujours bossé en combini, même chez des concurrents. Elle est vive, elle percute, tous ses mouvements sont optimisés. C’est un vrai robot. Ultron n’a qu’à bien se tenir. Elle pourrait faire tourner le magasin à elle-seule. Elle sait tout faire et parle de tout. Elle n’a pas de préjugés, parle à tout le monde. Elle a un bon fond et on a du mal à imaginer qu’elle est handicapée. Avec elle, on peut parler des problèmes de société du Japon. Elle a aussi des trucs à raconter, en particulier sur l’ijime. Elle en sait quelque chose. Pourtant, elle va de l’avant, elle se bouge, elle bosse, elle gagne sa vie, elle a un copain, une bagnole, elle est autonome, de nombreux clients la connaissent et elle reçoit des omiyagés de leur part. Dans cette équipe, elle est probablement la plus efficace. Elle, la trisomique, m’explique que M a un pet au cerveau.  N part parfois se cacher en cuisine, elle y fait des micro-siestes la bouche ouverte. Ses temps de pause sont assez longs mais ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, car elle nettoie la graisse de la cuisine, et cela vaut bien une bonne dose de repos.

M est une jolie jeune femme de type hakoiri-musume, qui prépare des études dans la coiffure.  ce n’est pas le genre de beauté comme on peut le voir au cinéma, présentant des proportions dignes du mannequinat. c’est une petite japonaise frêle d’un mètre 60, à la longue chevelure noire et soyeuse. ses traits de visage sont très fins et réguliers. Sourire irréprochable avec dentition régulière (ô miracle sur cet archipel). Sa voix est douce et elle a toujours une attitude modeste et respectueuse. C’est le genre de fille, qui, une fois en kimono, représente l’idéal féminin japonais. On l’imagine en train de servir le thé dans une pub pour touristes. Au départ, on s’est croisé sans un mot. Je me suis dit que c’était dommage de collaborer dans cet état d’esprit alors j’ai attendu qu’il n’y ait plus de client et je l’ai interceptée dans un rayon pour faire une présentation en bonne et due forme. Je pense qu’elle a été rassurée qu’on puisse parler la même langue… Je n’ai pas réussi à analyser le personnage. Toujours réservée, elle arrive à donner le moins d’informations possible sur elle, ses connaissances et sa vie privée. Ou alors, par ses silences, elle cache une superficialité qui lui fait honte… Je n’en sais rien, et je ne chercherai pas à en savoir plus.

B est une mère de famille quarantenaire. Elle est expérimentée, autonome, exigeante et entreprenante. Quand elle m’a vu patauger en cuisine la première fois, elle est venue me mettre un gros coup de pression. Toujours derrière moi à me sermonner pour tout ce qui n’allait pas, j’avais beau lui expliquer que je débutais, elle ne voulait rien entendre et elle amenait toutes les discussions vers une fin unique qui consistait à ce que je m’excuse et que je la ferme. Le boss a surpris l’ambiance et m’a dit de ne pas trop me soucier d’elle. Heureusement, je ne l’ai pas sur le dos tous les jours. J’ai regardé le planning et j’ai prévenu N qu’il était probable que cela soit mon dernier jour en cas d’interaction avec cette dame, car si elle persistait avec la même attitude à mon égard, je la prendrais à part en cuisine, là où il n’y a pas de caméra, et la secouerais comme un prunier. Vu sa constitution, je ne ferais qu’une bouchée d’elle. N, qui n’était pourtant pas présente le jour où l’incident est arrivé, m’a répondu que cela avait peu de chances d’arriver car le boss lui avait passé un savon. D’une part, il est le seul à avoir le droit de sermonner les employés, et d’autre part, avec les difficultés à recruter sur cette plage horaire, il ne le la laissera pas débaucher du personnel. Finalement, cela s’est plutôt bien passé. Elle n’a fait aucune remarque et m’a dépanné quand j’ai eu besoin. De mon côté, j’ai aussi fait des efforts pour lui montrer que j’avais plus d’assurance et de compétence que la fois précédente…

Au total, ce sont pas moins d’une quinzaine de personnes qui se relaient toute la journée. Impossible de tous les rencontrer, mais on voit leurs noms sur le planning et les badges accrochés aux chemises.

Je suis le moins expérimenté de l’équipe. En caisse, je fais les opérations courantes et j’appelle à l’aide au moindre problème. En cuisine, je mets deux heures à préparer les fritures alors que les autres finissent en 50 minutes… Par contre, pour la mise en place des rayons, je suis rôdé. Je vais largement plus vite que ce pauvre M, qui cherche en vain la position des produits.

IMG_20160901_043224

Les incidents :

- le manque d’initiative.  Lorsqu’il s’agit de routine, ils sont forts. chacun fait ce qu’il a à faire, sans qu’on le lui demande. C’est comme s’ils avaient un agenda en tête. Ils savent naturellement les tâches à finir avant telle heure. Pourtant, lorsqu’un souci se présente, personne ne veut prendre de responsabilité.

1. un produit en arrivage est scanné et un message d’erreur apparait. sa DLC semble correcte et rien n’explique l’erreur. On se creuse la tête mais finalement, le produit est mis de côté, dans la salle du staff, avec un mot dessus. Je demande le lendemain l’origine du souci et la procédure à suivre si cela se répète. Personne ne sait et personne ne veut savoir. C’est au boss de gérer ça. Bravo pour l’esprit d’initiative et l’engagement vis de sa société…

2. Le frelon asiatique. Alors que je vais finir mon travail, je vois un frelon asiatique sur la vitrine du combini. C’est une grosse guêpe de 6 cm de long avec des yeux oranges et qui pourrait tuer un client d’un coup de dard, pour peu qu’il ait une allergie à son venin. J’avertis l’équipe qui me remplace. Personne ne bouge ou ne veut bouger, ni avertir qui que ce soit. On ne touche à rien, on laisse arriver ce qui doit arriver. tant pis si quelqu’un se fait piquer….  Je demande une grosse tapette et je règle le problème en 5 coups violents… je nettoie le carnage et j’offre la prise à une caissière…

3. L’organisation. cela peut sembler surprenant mais même si les Japonais sont très organisés, il y a parfois de gros problèmes d’optimisation dans ce domaine qui gâchent toute la productivité. Ici, c’est une remarque drôle venant de collègues qui s’est transformé en incident majeur. Un collègue me sort : “t’as vu ? t’es tout seul à partir de 6h”. Ha ha ha je-me-marre.  Je vais vérifier dans l’arrière boutique. Apparemment, un des gérants a commis une boulette. Je suis effectivement seul. Je préviens l’équipe. Vu que je sais rien faire, autant que je ferme la boutique. A l’approche de l’heure, mes collègues prennent enfin conscience de la gravité du problème. Personne ne veut prendre un téléphone. J’appelle un gérant, pas de réponse. J’appelle le big boss, censé ne pas travailler aujourd’hui. Je lui explique que d’après le planning, je gère la boutique seul. Gros silence. quand je dis gros silence, c’est genre 2 minutes. Le gars a carrément bugué. Je parle dans le vide. Il ne s’attendait pas à un tel incident et puis je le réveille à 5h50 du mat, d’où une réactivité très limitée. Finalement, j’arrive à lui arracher un “mazui” (ça craint), quand je lui propose de continuer seul malgré tout. Il me demande si M ne peut pas faire une heure de plus. M refuse, il veut rentrer. Il se fout de ce qui peut arriver. Le boss m’entend parler à quelqu’un. Peu au courant du planning, il pensait que j’étais seul. Je lui explique que N est là. Il veut lui parler, elle, est plutôt réticente à pendre le téléphone. Finalement, il arrive à lui faire accepter de travailler une heure de plus pendant qu’il trouve une solution. Il envoie un sous gérant pour nous dépanner une heure plus tard et se pointe lui-même pour assister à l’ampleur des dégâts… ou pas. Seul dégât occasionné : j’ai mis un bento dans le micro onde en oubliant de retirer le sachet de sauce, lequel a explosé. J’en ai mis partout dans le sac du client. Il a fallu s’excuser bien bas et l’un de ses employés a dû bouffer son bento sans sauce… gros moment de honte….

4. Les machines. Il en existe plusieurs sortes. Le distributeur automatique (ATM), la machine à commander des tickets et la photocopieuse multiservice. Si le Japon est la première puissance technologique, je remarque que de nombreux Japonais sont encore très réticents à essayer de s’intéresser à leur fonctionnement et à leur entretien. Ici, l’incident s’est produit au milieu de la nuit. Une grosse dame effrayante a surgi en boutique. Elle avait le physique typique des gens du coin mais était tellement grande et baraquée que j’ai cru que c’était un travelo. A son visage, je devinais un client difficile et de sale humeur. Cela n’a pas manqué. Affairée sur la photocopieuse, elle s’est mise à appeler le personnel à l’aide pour un message d’erreur sur l’appareil. M, est un vieil homme dépassé par la technologie, il veut rien savoir et ne veut pas s’en occuper. B n’y connait rien non plus et me laisse gérer le souci. Est-ce qu’il faut un MBA pour changer un bac de feuille A4 au Japon ? Je demande où sont stockées les feuilles. Personne ne sait. On n’est vraiment pas aidés. Je fouille le local du staff, je trouve, et je charge la photocopieuse en feuilles et je reste à proximité de la cliente pour m’assurer que tout se passe bien. C’est pourtant pas compliqué.

5. Les bestioles. Pourquoi laissent-ils des bêtes entrer dans les rayons ??? Grillons de 5cm de long, scarabées dorés… cela n’a rien à faire dans un magasin gérant de l’alimentation. Pourquoi est-ce à moi de les foutre dehors ? Les autres les ignorent. L’autre jour, je dis à N, tu vois la tâche sur le mur, au fond du magasin ? Ce truc énorme, c’est un taon. C’est une femelle, elle est équipée d’une seringue suffisamment puissante pour transpercer la peau d’un cheval. Je te laisse imaginer la douleur pour la peau d’un humain. Qu’est-ce qu’on fait ? Bah rien, selon elle. trop risqué. Elle me confie la tapette, et c’est encore moi qui m’y colle. Et paf !!!

6. Les produits sans étiquette. Il y en a toujours, et ils ont comme point commun d’être délaissés par la clientèle. Logique. Je demande à ce qu’on fasse quelque chose car ce sont des ventes perdues. M veut rien faire. N ne sait pas. Seule B a répondu à ma demande et a imprimé les étiquettes manquantes.

IMG_20160901_043241

La clientèle : ici, c’est la campagne. Ce sont toujours les mêmes clients qui se pointent tous les matins à la même heure. La mère de famille qui prend toujours la même chose, l’employé de la poste qui bouffe sur place, qui ne veut pas de sac et laisse sa table dans un sale état, le vieux en mini moto qui ne dit même plus quel paquet de cigarette on doit lui donner, c’est à nous de nous rappeler qu’il veut toujours la Seven Stars en box, on a aussi certains clients avec lesquels on doit garder un rythme rapide. si jamais un imprévu nous faisait prendre plus de temps, on aurait le droit à une crise de rage de sa part, d’où une certaine tension, et un risque accru de générer un incident…

Parfois, on me demande d’où je viens. Il y a aussi les mineures qui vous regardent avec insistance parce qu’elle n’ont jamais vu d’occidental dans leur ville à part à la télé. On sent qu’elles voudraient parler mais le lieu ne s’y prête pas…

Truc surprenant, un client nous demande de mettre une partie des produits achetés dans un sac, mais pas l’autre, car l’autre, c’est pour le staff du combini, pour encourager l’équipe de nuit. C’est super sympa. Cette semaine, c’est arrivé deux fois. Les employés aussi laissent dans le local du staff des omiyagés rapportés de leurs voyages, ou qu’on leur a offerts, ce qui fait qu’on rentre souvent avec des gâteaux chez soi…

Dernières minutes avant de se délogguer, on fait le tour des poubelles… On rassemble les poubelles de la cuisine, de la caisse, du coin restauration et on met tout dans un local puant à l’arrière de la boutique. Un chauffeur passe nous demander la clé toutes les 3 heures…

Voilà mes premières réactions à chaud sur cette nouvelle activité un peu inattendue.

IMG_20160901_043307