Ceci est un billet invité : le témoignage d'un ami francophone vivant à proximité de Nagoya.

image1

Aaaaah, la police japonaise ! Toujours prête à rendre service aux honnêtes citoyens, à guider les passants égarés ou bien encore à saluer les enfants aux yeux remplis d’admiration.

Dit comme ça on a affaire au flic sympa, vous savez, celui qu’on retrouve dans les BD ou dans les films télévisés mal scenarisés. Sauf que … On est pas tous logés à la même enseigne face aux forces de l’ordre japonaises. Et en tant qu’etrangers, on part déjà avec un casier bien chargé, coupable jusqu’à prouvé innocent. Objection votre honneur ! Ta gueule toi avec ta sale tronche de prof d’anglais ! Bref, des “mésaventures” et autres anecdotes chiantes avec la police au Japon j’en aurais des tonnes à raconter, mais cette fois c’est surtout un événement en particulier qui m’a particulièrement mis en rogne contre le système.


Un soir tard en voiture, j’ai traversé le centre-ville de Nagoya sur le chemin du retour à la maison. Avant de continuer je tiens à préciser que je conduis une voiture japonaise tout ce qu’il y a de plus normale, de taille et de couleur parfaitement habituelles, bref rien de très extravagant. Il devait être aux alentours de minuit, donc même les grands axes n’étaient que peu encombrés, une circulation fluide. Sur une large route à 5 voies, je m’arrête à un feu
rouge sur la seconde voie en partant de la droite. J’aperçois sur la file la plus à gauche une voiture de police, attendant le feu vert pour tourner. Le policier du côté passager me fixe du regard... Réflexe de français un peu têtu, je le fixe à mon tour. Aucun de nous deux ne détourne le regard. Le feu passe au vert. La voiture de patrouille disparaît sur la gauche, et je reprend ma route, continuant tout droit.


Cinq cent mètres et quatre feux rouges plus tard, je change de ligne (en mettant mon clignotant bien sûr), évite une voiture garée en double file, quand soudainement j’entends une sirène et suis ébloui par la lumière d’un gyrophare dans mon rétroviseur. J’entends gueuler dans le micro « Garez-vous sur le bas côté ! » à deux reprises façon Deux flics à Miami. J’obtempère et me gare pour attendre l’arrivée d’un agent. Petit moment de panique car ce genre de situation ne m’est jamais arrivée auparavant, que ce soit en France ou au Japon. Il ne me semble pas avoir grillé de feu ou commis quelconque infraction, mais à cette heure là je suis très fatigué et me dis que j’ai pu avoir manqué d’attention. C’est donc avec quelques sueurs froides que je vois s’approcher le policier qui, quelques minutes plus tôt, me fixait du regard. S’ensuit l’échange suivant :


« - Bonsoir monsieur.
- Bonsoir. Il y a un problème ?
- Veuillez, sortir du véhicule je vous prie.»
Ce que je fais immédiatement, de plus en plus inquiet.
« - Vous parlez japonais.
- Oui.
- Votre permis de conduire et les papiers du véhicule s’il-vous-plait.
- Est-ce qu’il y a un problème ? J’ai commis une infraction en conduisant ? lui demandais-je tout en lui donnant mes papiers.
- Non, non pas du tout.
- Pardon ?
- On a vu un étranger qui conduisait, et comme on ne vous voyait pas bien on n’a pas su qui vous étiez. me répond-il tout souriant.
- Quoi ?? Mais j’ai fait une bêtise ?
- Non, ne vous inquiétez pas.»

Parce que oui, si on avait été en plein jour tu aurais tout de suite pu me reconnaître gros connard. Face à un tel niveau de connerie, à une heure tardive qui plus est, la poudre commence déjà à me monter au nez, mais en bon citoyen je jouer le jeu.
« - Qu’est-ce que vous faites ? continue-t-il.
- Ben, je rentre chez moi.
- Non, dit-il à moitié amusé, Qu’est-ce que vous faites au Japon ?
- Je travaille pour payer mon loyer et faire vivre ma famille.
- D’accord, mais qu’est ce que vous faites exactement comme travail ?
- Hein !! Excusez-moi !?»


A ce moment là, je commence à être vraiment énervé et je change radicalement de ton face à ces questions qui n’ont rien à voir avec le fait de conduire en ville la nuit. D’autant plus que contrairement aux contrôles habituels, on ne m’a pas demandé ma carte de résident mais mon permis de conduire.
Remarquant que je commence à m’agiter le second officier s’approche de nous pour vérifier que tout va bien avec un petit « Daijoubu desuka ?» (Ça va ?). Il demande à voir la carte grise de la voiture, ce qui met fin à l’interrogatoire débile de Flic 1. Et c’est donc Flic 2 qui enchaîne avec de nouvelles questions : 


«  - Mais votre voiture est immatriculé dans le département d’à côté ? »s’étonne-t-il.
Ça y est j’ai commis le crime du siècle. Je vais finir mes jours en prison, si je ne suis pas exécuté sur le champ : j’ai conduit ma voiture dans un département différent de celui sur ma plaque d’immatriculation. J’avoue tout. Je sens déjà les regards accusateurs et le dégoût que je provoque auprès de mes concitoyens. Je suis un monstre ! Non mais sérieusement ...
« - Comment ça se fait ?
- C’est mon beau-père qui y habite qui a acheté la voiture.
- Ah oui tiens, le véhicule n’est pas enregistré à votre nom. C’est nom là ?
- Ben ... oui ! Félicitations Sherlock Holmes, un mystère de plus d’élucidé.
- Votre beau-père ? intervient soudainement Flic 1 l’ai surpris. Vous êtes marié à une japonaise.
- Euh ... oui...
- Aaaaaah bon ! Ça va alors.»
Et là, d’un coup, je suis prouvé innocent ! Je ne suis plus un simple étranger, mais un privilégié, marié à une japonaise je semble bénéficier d’un passe-droit. On me rends tous mes papiers et on arrête de me poser des questions. Il semblerait que si tu es marié, alors tu as le droit de conduire la nuit. Autrement ...
Quelque peu déconcerté, je décide quand même de demander la raison pour laquelle on m’a arrêté. Une fois de plus c’est Flic 1 qui me répond :
« - Comme on vous l’a dit, on ne pouvait pas bien voir votre visage dans l’obscurité donc
on a voulu vérifier.
- Vérifier quoi ?
- Qui vous étiez.
- Mais, vous avez le droit de faire ça ?
- On fait des patrouilles dans Nagoya pour s’assurer que tout va bien, reprend Flic 2.
- Si vous apercevez quoi que ce soit n’hésitez pas à nous appeler, enchaîne Flic 1.
- Bonne soirée monsieur, termine Flic 2.
- Ouais, c’est ça ouais ... connards !»

image2

Et c’est sur ce magnifique échange sans aucune réponse et ce subtil encouragement à la délation que se conclut ma rencontre avec deux branleurs de policiers n’ayant rien à foutre au milieu de la nuit.
Que la police fasse des patrouilles, ne me pose aucun problème en soit. Qu’un étranger qui conduit une voiture, seul la nuit, soit un comportement suspect qui attire leur attention, ça me dérange déjà plus. Quand bien même, ils auraient au moins pu avoir la décence de me sortir une excuse bidon plutôt que de m’avouer qu’un blanc au volant c’est quand même bizarre. Cette situation m’a tellement mis en rogne sur le moment que je n’ai même pas pu rester poli sur la fin. D’ailleurs lorsqu’ils ont compris que je parlais japonais, puis ensuite que j’étais marié, ils sont devenus beaucoup moins confiants et complètement arrêter d’essayer de m’impressionner.

Le pire dans tout ça, c’est qu’à mon avis il ne s’agit pas d’une initiative de leur part, mais probablement de directives de leur supérieurs, voire du gouvernement. Très souvent ce genre de rencontre se termine sans soucis, puisque de toute façon on ne peut être condamner si on a rien fait. Mais c’est en général une perte de temps, un échange très frustrant, et bien trop souvent un affichage public. De plus, concernant mes expériences personnelles, à chaque fois que j’ai du faire appel à la police pour un problème quelconque il n’ont servi absolument à rien. Ah si ! Un mec à appeler le central pour m’aider à trouver un magasin de manga que je n’arrivais pas à trouver une fois.


Après quelques recherches, il semblerait que les policiers ne soient autorisés à effectuer des contrôles d’identité uniquement en cas de comportement suspect. Ceci s’explique en partie par le fait que les japonais n’ont pas de carte d’identité, et ne sont pas tenus d’avoir constamment une pièce d’identité sur eux. En voiture la situation change, puisque les policiers peuvent effectuer divers contrôles, notamment la vérification du permis de
conduire.

Les étrangers vivant au Japon, par contre, possèdent tous une carte de résident, que l’on appelle entre nous gaijin card. Il nous est imposé de l’avoir sur nous en permanence, et dans l’incapacité de la présenter on risque jusqu’à ¥200,000- d’amende. (Environ €1,700-) Un refus de la présenter, et cette fois-ci c’est à de la prison que l’on s’expose. De part ce fait, les policiers japonais (au même titre que les agents du bureau d’immigration) sont en droit de
contrôler n’importe quel étranger que celui-ci est un comportement suspect ou qu’il soit tout simplement en train de faire ses courses. Ces contrôles s’effectuent généralement sur des expatriés isolés, ou tout au plus à deux, et en public pour bien renforcer l’image que les japonais ont des étrangers étant tous des trafiquants violeurs anarchistes. Quand aura-t-on droit à notre petite étoile ?

 

Meat.