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J’ai découvert Akiba il y a 17 ans. Encore étudiant et intéressé par le matériel high tech, j’étais plutôt fan du coin et je déambulais dans les boutiques avec les yeux qui brillent. J’avais le profil qui va bien : le jean les baskets, le sac à dos, le T-shirt, la surchemise, les lunettes et l’attitude du timide introverti… si j’avais été fan de manga et d’anime, la panoplie aurait été complète.

Mais aujourd’hui, je redécouvre ce quartier avec beaucoup moins de plaisir. La première raison, c’est que j’ai changé. Fort heureusement d’ailleurs. Les produits high-tech me plaisaient, et me plaisent encore, mais me paraissent terriblement superficiels. L’autre raison, c’est qu’Akiba a aussi changé, et pas en bien. Le côté anime, manga est toujours présent mais il cohabite avec des nombreux otakuïsmes difficiles à concilier avec une vie sociale épanouie. Et c’est un asocial qui le dit. Dans les rues, on croise de plus en plus de tarés ; des gars qui ont l’air totalement déconnectés, du bon sens, des normes vestimentaires, de la vie sociale même. Je ne les juge pas que sur l’apparence mais sur des comportements inquiétants : des regards hagards devant des jeux, des animes où l’on voit évoluer des personnages féminins de 10, 11 ans, ils se replient sur Akiba comme si c’était le seul lieu où ils pouvaient s’épanouir, alors que le quartier n’est qu’une pompe à pognon qui soutire tout l’argent de ces pauvres types.

Depuis l’affaire du type qui s’est mis à attaquer les gens au couteau, les rues d’Akiba ne sont plus piétonnes (je crois que ça a encore changé récemment). J’essaie de me frayer un chemin sur les trottoirs bondés et trouve le sofmap dont je suis client régulier. Je fais le tour du magasin, trouve un petit lecteur de mp4 portable et demande à un caissier une carte micro SD. Le gars qui semble aussi introverti que moi il y a 17 ans cherche mais ne sait pas à quoi ressemble une carte micro SD. On est donc dans LE quartier technologique et le gars n’y connaît pas grand chose… Cela me confirme dans l’idée que le quartier n’est plus dominé par le geek pur. Les vendeurs ont les mêmes gueules que ceux vus à Mandaraké, de l’otaku pur jus. Je suis bien content de ne pas être devenus comme eux… Je pense que ma vie a bifurqué de la leur parce qu’en France, on avait l’armée. Rien de tel que les classes pour découvrir sa vraie nature, le tir au famas et les opérations à l’étranger pour décoincer un introverti. Qu’on envoie tous ces types au front !