Encore une fois, la vie au Japon m’apporte des expériences qui m’auraient semblé impensables en France. Comme beaucoup de monde j’aime bien le football, mais c’est une passion qui ne s’éveille que tous les 4 ans, à l’occasion de la coupe du monde (alors que la D1, elle me file le bourdon).

Quand j’ai appris que des copines du Kansai allaient revoir l’équipe nationale japonaise de 1998, je me suis proposé pour assister au match aussi. Nous nous étions d’ailleurs rencontrés en 98 lors de la coupe organisée par la France.  

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On s’est donc donné rendez-vous dans un stade du département de Shizuoka. 1er choc culturel : les copines ont été très étonnées que je n’ai pas pensé à réserver mon billet par internet ou dans un combini. Ils font toujours tout à l’avance, les Japonais. Je pensais qu’il me suffisait de me pointer au guichet du stade. Finalement, peu de gens choisissent cette solution. Une copine est allée m’en chercher un pendant qu’on tapait la discut’. J’ai ensuite été très surpris par toute cette organisation : chaque fille avait son matériel de survie : plaquettes chauffantes pour s’asseoir dessus, ainsi que des couvertures pour les jambes, et des cochonneries à grignoter pendant le match. Moi, comme d’habitude, je suis arrivé les mains dans les poches.

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On s’est installés dans une partie sombre du stade, et les chaufferettes et couvertures ont vite trouvé preneurs. Le stade n’a pas tardé à être occupé, tout d’abord par de jeunes joueurs venus pour montrer leur talent. Ensuite sont arrivées les pom-pom girls, une bonne occasion pour tester le zoom de mon objectif acquis récemment. Le plus surprenant, c’est cette ambiance bonne enfant malgré les énormes drapeaux de fans “Tifoso” et certaines parties de tribunes occupés par des ultras. Finalement, ultra timides serait un terme plus proche de la réalité.

Au programme : l’équipe locale, Jubilo, contre l’équipe nationale de 98, avec le fameux Nakata. Ils arrivent sur le terrain pour s’entrainer, et là, c’est le 2e choc : parmi les joueurs, il y a des bouffons, des comédiens de la télé, et je les connaissais : 

Yabecchi, du duo comique Ninety-nine, passionné de foot et présentateur de l’émission de foot du dimanche soir.  Wakki, comique coiffé à la Jeanne d’Arc, qui tente l’aventure sur les plateaux télés, parfois avec un certain courage puisqu’il tente des jeux sportifs. On a pu voir jouer Sakurai, le chanteur du célèbre groupe Mr.Children.

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Le match était tout sauf sérieux. La sélection nationale ne se donnait pas à fond, des joueurs faisaient exprès de pousser et lorsqu’un joueur se retrouvait au sol, tous les autres sur le terrain étaient pliés de rire. Les altercations étaient simulées et l’arbitre sortait parfois vigoureusement un carton ……VERT !!!

A quelques secondes de la fin, le joueur (Nanami) pour lequel le match était organisé, arrive à marquer et égaliser. Bref, tout était truqué. Aucun gagnant. Les joueurs font 2 fois le tour du terrain. 3e choc : le public, composé en majorité de femmes hurle “waaaa kakkou ii!!” On entre dans la 4e dimension. Les gens qui sont dans le stade hurlent parce que leurs idoles les font craquer physiquement, comme pourraient le faire un boysbands. Et là, je m’aperçois que c’est le même public que les groupes Johnny’s.

Le match est enfin fini. Les gens remballent, et c’est le 4e choc : un flux dense de Japonais se dirige vers la gare et il n’y a qu’un seul passage. Une telle densité obligerait mes compatriotes à en pousser quelques-uns au delà du pont. Mais non, les Japonais gardent le contrôle : pas de cri, pas de bousculade… Et là, j’interpelle le groupe de filles avec lequel j’étais venu : “Hey les filles, c’est pas normal ça. Le match est fini et on lance pas de chaises sur les fans, on crie pas, y a pas de bières, on se croirait à la sortie de Disneyland!”. Eh bien, selon elles, c’était tout à fait normal. Même si je ne cautionne pas le Hooliganisme, du foot sans 3e mi-temps n’est pas vraiment du foot.

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Bon, en tout cas, j’étais bien content d’avoir pu retrouver mes amies du Kansai. Je m’étais toujours imaginé que je finirais dans le Kansai, alors je ne me suis fait des amis que dans cette région… Si on m’avais dit que je serais sur Nagoya, j’aurais sans doute géré différemment mon carnet d’adresse.