Avec l'arrivée du froid hivernal, je sous souvent obligé de laisser mon vélo au parking pour faire les longs trajets.

En général, à l'aller, je prends le métro, plus rapide. Au retour, j'ai le choix : soit je rentre à nouveau en métro, soit je prends le bus.
ça me permet d'économiser 30 yen, une broutille, mais surtout d'avoir une place assise et l'occasion de bouquiner tranquille...
De plus, j'ai la chance d'avoir une ligne de bus directe entre mes différents lieux de travail et le quartier où j'habite...

J'ai le choix entre 2 types de bus : les bleus et les rouges.
Les bus bleus appartiennent à la municipalité. Le prix est unique, 200 yen, et on monte par l'avant comme en France.
Un appareil permet d'insérer de la monnaie. Il affiche le prix exact des pièces insérées. Si l'on n'a pas de monnaie, on insère un billet dans un autre emplacement, et de la monnaie tombe un peu plus bas. En fait, à aucun moment, le chauffeur ne se retrouve à faire l'appoint... Il ne gère aucune transaction. Il ne fait que constater le montant affiché par les pièces lâchées dans l'appareil et remercie chaque passager.
Plutôt que de préparer 200 yen à chaque fois, j'utilise une carte appelé Yurika tranpasu. Il s'agit d'une carte magnétique utilisable dans les transports en commun de la ville. Je prends toujours une carte à 5000 yen, d'une valeur réelle de 5600 yen. J'économise ainsi 3 allers simples...

Les bus rouges appartiennent à la société Meitetsu. Leurs lignes vont jusqu'en banlieue et le prix évolue en fonction de la distance. Si l'on reste en ville, le tarif est de 200 yen. On y rentre par l'arrière. Si on utilise une carte yurika, on l'insère dans l'appareil. Sinon, on prend un petit ticket. Quand on sort, on réinsère la carte Yurika ou bien on lache le ticket accompagné des 200 yens et on sort par l'avant... (si on est allé plus loin, on regarde le numéro apparaissant sur le ticket, il est aussi affiché sur l'écran en tête du bus et il correspond à un tarif lui aussi affiché)

Quel que soit le bus, on s'assoit, on clique sur le bouton pour avertir le chauffeur si l'on souhaite descendre au prochain arrêt.
Un message sonore signale qu'il faut rester assis jusqu'à l'arrêt complet du bus. L'avantage, c'est qu'il y a des boutons à proximité de toutes les places du bus. Pas besoin de se lever. Autre constat, les bus arrêtent le moteur à tous les feux rouges.
Parfois, une petite musique vient agrémenter l'attente...

Maintenant, concernant l'ambiance, c'est assez différent du bus 602 de Montfermeil... Pas de rotonde avec des wesh wesh qui font l'animation. Pas de siège taggué ou gratté, pas de "sortie de secours" écrit en arabe...
Les gens font la queue devant l'arrêt, une queue bien disciplinée. Ils montent tranquillement et silencieusement. Les personnes âgées se dirigent vers les sièges individuels. Chaque place se remplit avec méthode, si une banquette permet d'asseoir deux personnes, la place libre est toujours accessible. Chacun est assis et vaque à des activités silencieuses : lecture de ses mails, écoute de son i-pod nano, jeu sur sa NDS-lite... ou bien matage discret du gaijin..

Et moi dans tout ça, je suis le grain de sable. J'entre le premier puisque je le prend généralement à peine sorti du dépot.
Le bus se remplit avec un espace vide invisible autour de moi. Si je prends une banquette de 2 places, la place voisine reste mystérieusement vide. Si je prends une place seule, je prends la place d'une personne âgée qui préférera rester debout sous le regard continu des autres passagers. Donc, pour optimiser le remplissage du bus, je prends une large banquette latérale.
Tant que j'ai le nez dans mon bouquin, on ne voit pas trop mon visage, et quelqu'un finit par s'asseoir à côté de moi.
En général, si j'ai un voisin et qu'il a pourtant vu qu'il n'avait pas affaire à un local, c'est que j'ai gagné le gros lot : c'est un renifleur, un râcleur de gorge, quelqu'un qui va retenir ses glaires ou sa morve toutes les 30 secondes...

Le souvenir le plus marquant, c'est un petit vieux qui va vers le fond du bus. Il y a une marche. Il met le pied dessus, et est stoppé net. Il m'aperçoit. On l'entend grommeler "gdjn" sans voyelle, puis passe devant moi et va s'asseoir au plus loin...

En général, il y a toujours quelqu'un qui jette régulièrement des coups d'oeil dans ma direction. C'est un petit peu normal. Si j'étais dans le Cantal et que je voyais un inuit dans le bus, je ferais pareil.  Il suffit de tourner la tête vers le fond du bus pour que cesse quelques instant les regards curieux. Au bout de plusieurs fois à les regarder, ils abandonnent...