Que le temps passe vite au Japon. Je viens de me rendre compte que cela fait déjà un an que j'ai pris mes marques ici. Il serait peut-être temps de faire le bilan.

1. La bouffe.
Sur le plan de la quantité, j'ai bien mangé au Japon. Hier encore, je me gavais de sushis. 4 voyages en avion, le stress, un été chaud humide et très long, une heure de vélo par jour... des événements qui ont eu un impact sur mon poids. 10 kilos de moins depuis mon arrivée. J'ai retrouvé le poids que je faisais à l'armée il y a une dizaine d'années... Je mange beaucoup moins gras qu'avant, et la balance me remercie. Pour ce qui est de la qualité, là c'est plus nuancé. On trouve de tout, mais les bons produits sont laaaargement plus chers que les premiers prix. Ce qui pour moi relève de la nécessité (fruits, légumes, viande de boeuf) ne correspond pas à mes moyens actuels. Seules les bananes sont des fruits abordables. Ca me coûterait moins cher d'aller à Osaka en car que d'acheter une belle pastèque....
En fait, pour consommer les vitamines nécessaires à une bonne alimentation, je dois acheter des bouteilles de jus de fruits et légumes. Curieusement, c'est moins cher qu'un fruit frais. Pour ce qui est de la viande, c'est la déception. La viande de premier prix est du porc de trop basse qualité pour moi. Quant au boeuf, ils l'aiment trop gras ici.
J'ai finalement compris pourquoi les baguettes japonaises étaient molles. Je pensais qu'ils n'avaient pas saisi toute les subtilités de la recette, mais c'est plus simple. C'est voulu. En y réfléchissant bien, les Japonais bouffe mou : du riz, des nouilles, des manjus, des nikumans, des gyozas, des mochis... J'ai jamais vu un indigène croquer une pomme à pleines dents. Il va la peler et la couper en petits morceaux... Donc, le pain est voulu mou.
Pour le fromage, c'est aussi la déception. Le parmesan est une imitation. Il s'agit juste de fromage américain rapé. Il y a des fromages fondus de mauvaise qualité. Il n'y a rien qui méritait un label AOC ou même l'appellation de fromage.
L'avantage de l'alimentation au Japon, c'est que pour quasiment rien, je peux me gaver de gyozas et d'oden.

2. Les transports.
J'ai redécouvert le vélo et la jungle de la conduite en ville. Pour tous les trajets de moins de 45mn, c'est vélo, une grande économie pour mon budget. C'est quand même assez dangereux en ville.  C'est l'anarchie la plus totale, on risque l'accident à tous les coins de rue. Les gens tiennent leur portable ou leur parapluie et préfère jouer de la sonnette plutôt que du frein... J'ai aussi appris à mes dépends que les gens s'acharnent parfois sur les vélos pour des raisons que j'ignore. Il n'est pas rare de trouver son vélo rayé alors qu'il ne l'était pas le jour d'avant. Les gens poussent les vélos ou les balancent. Je n'ai toujours pas digéré qu'on mette mon vélo sous la pluie pendant tout un weekend...

3. La langue.
Il n'y a pas de doute, avec l'âge, on est moins à l'aise pour progresser. Il y a 15 ans, je pouvais faire 20 kanjis par semaine. J'en fais 3 par mois et encore... Heureusement, j'arrive au bout. Il doit m'en rester 300 inconnus dans la liste des gakushuu-kanjis. D'où l'importance de bien apprendre la langue, avant même d'aterrir au Japon. Une fois sur place, il y a tant de chose à faire qu'on a plus trop le temps de faire du kanji... Globalement, j'étais quand même bien content d'être déjà autonome dès mon arrivée. Je me voyais mal à mon âge ne pas pouvoir lire une facture ou un manuel...

4. Le boulot.
Bon, là c'est pas tiptop. Il y a pas grand chose à gagner dans la situation que j'ai trouvée. J'ai l'impression de faire du bénévolat, ou bien j'ai du signer un forme de servage. Je suis pressé de sortir de cette situation...
Je pense que l'enseignement français n'est pas un bon plan. Ca paie pas.
Si j'ai bien compris les locaux, c'est une langue de loosers, de gens qui ne savent pas compter, qui font la grêve tout le temps, de gens qui ne prennent pas de bains et dorment nus.... une super image...

5. Intégration.
Il est très facile de faire des connaissances au Japon. Par contre, s'y faire de vrais amis c'est une autre paire de manche.
Les gens que je rencontre n'ont pas de conversation. Ils ne peuvent parler de rien, donc je ne peux pas aller plus loin. L'autre solution serait de faire comme eux, sortir, boire jusqu'à en vomir et chanter du KAT-TUN ou du NewS.... J'y arriverai un jour, dès que j'aurai réussi à éteindre mon cerveau...
Pourtant, sur le plan culturel, j'ai déjà fait preuve d'une grande capacité d'intégration. Je suis l'actualité, je connais la plupart des personnages du petit écran, parfois leur potins, j'ai pris attitudes japonaises, au goûter je me fais des griller des mochis que je trempe dans du oshiruko.  Je bois trop de thé vert. Je grignote divers mochi, senbei, et surtout les karintô au sucre noir.
Je peux aussi participer au karaoké. Je n'ai pas beaucoup de voix mais je connais pas mal d'air populaires. Les vieux sont ravis, et les jeunes éberlués... Un vieux m'a même proposé de former un duo au karaoké pour reprendre le répertoire de Kobukuro...
J'ai fini par m'habituer au tatami après plus de 8 mois à souffrir des genoux... Finalement, être un japonisé peut être un atout certain quand on veut s'intégrer au Japon. C'est limite si on me demande pas de freiner un peu mon intégration... Le Japonais de base aime à croire qu'il est le seul à apprécier et à comprendre sa culture... Il faut parfois jouer le jeu et faire le gaijin pour ne pas trop choquer..

Bon, allez, on remet ça encore un an...