(Edit : j'ai vu que ce post a été linké avec la mention "témoignage d'un noir qui vit au Japon". C'est une erreur qui m'a fait rire. Ma famille vient du fin fond des Alpes. Merci de corriger de votre côté)

 

D'après ce que j'ai lu récemment sur un forum, un type dit n'avoir connu aucune forme de racisme au Japon (jusqu'ici, je peux comprendre) mais doute qu'il y ait vraiment des problèmes de racisme au Japon.
C'est sûr que si le gars ne sort jamais de son quartier friqué, des grands magasins, et ne fréquente que ses amis il ne risque pas de voir grand chose. C'est impressionnant cette capacité de faire des généralités sur le statut des étrangers au Japon.
Croire que tous les étrangers auront le même accueil qu'un occidental, avec un visa touristique ou working holiday visa, et ayant un compte bancaire rempli en conséquence, relève d'une pathologie mentale.
Un Brésilien venu bosser en usine et un Américain d'un milieu aisé n'auront pas le même accueil, c'est certain.

Le racisme existe partout, et ça concerne tous les pays, pas particulièrement le Japon, mais pour ne pas voir de racisme au Japon, faut vraiment être naïf ou très très riche, blond avec un physique de Brad Pitt....

Ici, à Nagoya, j'ai un accueil très différent dans mon quartier et dans le centre-ville.
Quand je suis dans les beaux quartiers, je suis amené à rencontrer des gens cultivés ou qui essaient de l'être. Toujours bien habillés, polis, bienveillants, avec lesquels on peut parler. Je n'ai pas de problème avec ces gens. Je dirais même qu'il y a un racisme positif : On me colle une étiquette, celle qui convient à ma nationalité, et déjà, je leur semble plus sympathique dès les présentations. "Ah, vous êtes français ?" J'ai droit à un premier sourire avant d'entamer d'inévitables sujets portant sur la gastronomie et la littérature.... J'ai gagné 3 points de sympathie juste en étant d'un pays ayant une bonne image, un pays "agricole", où les gens sont tous un peu rustres, pas très avancés technologiquement, parfois un peu sales mais finalement gentils...

Une fois rentré dans mon quartier, c'est la douche froide, le retour à la réalité. Dans la rue, les filles s'accrochent à leur sac rien qu'en me voyant en vélo. Le jour où j'avais osé sortir en T-shirt au lieu de la chemise-cravate, j'ai vu une fille carrément prise de panique et mettant son sac contre son ventre, les deux mains dessus. Les mamies s'écartent de mon passage comme d'habitude. Dans les rayons des magasins, les gens rebroussent chemin quand ils s'aperçoivent qu'ils vont se retrouver seuls dans le même rayon que moi. Le pire, c'est surtout autour du cyclodrome. C'est le domaine de gens un peu bizarres : pour la plupart ce sont des vieux, mais il y a un profil dominant : milieu ouvrier, T-shirt blanc ou Marcel, peau sombre, peu éduqué. En général, ils pestent carrément en me voyant : "Haa ! C'est même pas un Japonais !! Qu'est-ce qu'il vient foutre ici". Ils grognent même après que je suis passé derrière eux... Le meilleur c'est quand même celui qui gueule "rentre chez toi !"
Ici, je suis l'ennemi numéro 1. Quand je cadenasse mon vélo, on dirait que je suis en train de le voler. Quand je passe devant une école de jeunes filles, les passants voit passer Dutrou. Ils sont tendus. Heureusement que les regards ne tuent pas parce que j'aurais consommé un grand nombre de vies jusqu'ici.
Je vis dans un quartier populaire où pas mal de gens sans grande connaissance du monde, ont bossé dur toute leur vie.
Ils voient apparaître de plus en plus d'étrangers dans leur quartier, et je peux comprendre qu'avec le peu d'éducation qu'ils ont, ils me perçoivent comme une menace... On va prendre leur pain leur riz, et leur boulot. En Europe aussi, on a eu cette attitude défensive quand les Portuguais, Polonais et Italiens sont arrivés...
Maintenant, au vu du comportement de certains étrangers au Japon, peut-être que cette attitude est justifiée. L'avenir le dira...
Pendant ce temps là, je vais continuer à jouer malgré moi le rôle du criminel potentiel....